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Entretien avec Mohamed Ansar


Mohamed et Flem se sont rencontrés en 2009 au Festival au désert à Essakane alors que le Français y était invité par son ami Vieux Farka Touré. Ils se sont revus en 2012, toujours dans le Nord du Mali, à Niafunké, le village de Vieux Farka Touré, en Zone Rouge. Le lendemain, la ville, en proie à une attaque terroriste Flem, et les autres occidentaux, notamment la dernière femme d'Ali Farka Touré, d’origine hollandaise, sont rapatriés à Bamako par la DGSE malienne. Mohamed et Flem se sont retrouvés en janvier 2019 à Bamako, à l’occasion d’un concert touareg, 5 ans après. Peux-tu te présenter ? Je me nomme Mohamed Ansar, de la région de Tombouctou, de père et mère Tombouctoutiens. Mon père est né et a grandi à Tombouctou. Mon grand-père, la même chose. Moi, je suis un artiste, je suis un routier, mais aussi un berger. Profession berger ! J’ai mes chameaux et mes moutons à Tombouctou. A partir de 2003, j’ai commencé à travailler pour les évènements musicaux, culturels et touristiques de la région. Je suis devenu ce qu’on appelle un festivalier, mais depuis 2012, tout est calé ! Il n’y a plus rien ! En savoir plus : les grandes confédérations Touaregs au Mali Pourquoi il n’y a plus de « festival au Désert » à Essakane depuis 2012 ? Parce qu’il y a eu l’opposition. L’opposition, ce sont des groupes Touaregs qui sont venus revendiquer leurs droits pour diviser une partie du Mali qu’ils ont toujours revendiquée indépendante. Les responsables et dignitaires des mouvements Touaregs nous ont dit qu’on allait à nouveau revendiquer. Revendiquer comme toujours, comme dans les années 1963 et 90. Ils sont venus pour nous dire qu’on allait devoir se révolter pour faire valoir nos droits. En savoir plus : le festival au désert Les premières révolutions pour l’indépendance touareg date de 1963 et 1990. Peux-tu nous en parler ? Le Mali a eu son indépendance en 1960. En 1963, déjà, les Touaregs disaient qu’ils ne faisaient pas partie du pays et qu’ils voulaient créer leur propre État : l’Azawad (ndlr enfants du désert). L’Algérie et le Maroc sont ensuite entrés dans le conflit. Après la répression, ils se sont tous impliqués dans le processus de paix. Il se trouve que nous n’étions pas nés, mais nos grands-parents nous ont dit cela. Je n’ai pas lu ça dans les livres d’histoire. Mes grands-parents me l’ont toujours dit. Parce qu’il y a des universités à Tombouctou, il y a tout à Tombouctou, tu vois ? En savoir plus : la 1ere rébellion Touaregs 1963-1964 Que s’est-il passé en 1990 ? Les indépendantistes Touaregs sont revenus à la charge en 90. Au sud, il y a eu des problèmes, au Nord aussi, il y a eu des problèmes. Les étudiants se sont levés contre Moussa Traoré (président dictateur). En même temps, de leur côté, les Touaregs aussi veulent du changement, partager le pays, et créer leur propre État de l’Azawad. En savoir plus : la 2ème rébellion Touaregs 1990-1996 Qu’est ce qui a changé en 2012 ? Qu’est ce qui est différent de 1963 et 1990 ? Bon, dans tout ça rien n’a changé ! Je vais te dire, je suis né en pleine révolution dans les années 90. J’ai seulement fait quelques années de paix. Après 2012 il y a, à nouveau, eu des problèmes. Je n’ai même pas eu le temps de profiter de mon désert ! Tu vois l’âge que j’ai et là où je suis ? Je suis jeune, j’ai tout pour travailler, pour créer quelque chose, pour moi-même. Malheureusement, il y a des problèmes et on ne peut plus travailler depuis la révolution de 2012. Tu sais, dans nos villages, ça fait longtemps qu’on voit toutes sortes de personnes passer. On avait même vu déjà des islamistes. A l’époque, ils nous parlaient de Ben Laden. On ne connaissait même pas Ben Laden. C’est un personnage que tu vois à la télé américaine et dans les médias un peu partout dans le monde mais, chez nous, ce n’est personne. Par contre, chez nous, à Tombouctou, depuis 2012, on a vu l’application de charia. Je suis né musulman, mon père est musulman, mais moi, je n’ai jamais connu cet Islam, jamais ! Je n’ai pas connu ça ! Pourtant nous avons toujours eu des écoles coraniques à Tombouctou. Il y a des almoravides* qui sont passé au temps de Kankou Moussa*. Quand on parle de Tombouctou dans le monde musulman, personne ne peut venir nous faire des leçons sur notre Islam. Même si tu vas à la Mecque et que tu leur demandes ce que Tombouctou leur évoque ils vont te dire : Tombouctou, c’est des universités coraniques ! Qui va venir nous apprendre notre propre religion ? Nous sommes nés et nous avons grandi dans cette culture religieuse ! Malheureusement, depuis cette forte vague de revendication de la charia, à Tombouctou, il ne se passe plus rien. En savoir plus : Les Almoravides, Kankou Moussa En janvier 2012 que s’est-il passé ? Le jour du retrait de l’armée malienne au Nord, il n’y a plus eu de gouvernement plus de justice, plus rien. Les indépendantistes Touaregs sont venus, avec la musique, la danse, pour nous dire, soi-disant, « nous avons libéré l’Azawad, maintenant cet état libre est à nous ». Après, derrière eux, il y a eu les islamistes. Les islamistes nous ont dit : « la musique, il faut que ça s’arrête ». Ils ont bloqué la musique, les cigarettes et l‘alcool. Désormais tu ne peux plus marcher dans la rue avec les femmes. Nous sommes nés dans un état démocrate. Nous à Tombouctou on connait la démocratie ! Lorsque la dictature s’installe, tu t’aperçois rapidement que ça change ! Tu ne peux même pas te promener avec des femmes ou fumer une cigarette. Quand ils te prennent et que tu as bu de l’alcool ils vont te donner des coups de fouet, quand ils te prennent avec des femmes tu as d’autres punitions, ils vont voir, il y a la justice islamique, la police islamique. Ils se sont tous installés direct ! Et puis dans la population personne n’ose bouger ni rien parce qu’on sait ce qui se passe ensuite. En savoir plus : 2012, la guerre au Mali Ensuite ? Ils ont tué des civils ? Bon ce sont des gens, (les islamistes) qui ont des forces (des armes de qualité). Ils sont venus avec des kalachnikovs, des lance-roquettes. A la radio, on n’entend plus de musique, moi qui suis festivalier, je regarde ça avec beaucoup de tristesse et je me dis que ce n’est pas possible ! Tu connais les festivals dans les dunes avec les Blancs ? Les fêtes ? Les grands artistes internationaux ? Et là, tout est « calé » ! Je me dis que le monde a changé. Dans le désert tu ne peux plus te balader comme tu veux. Les islamistes l’ont annoncé aux radios, ils ont dit : « aujourd’hui, c’est la charria. Celui qui est d’accord avec la charria est avec nous. Celui qui n’est pas d’accord, nous appliquerons la charria sur lui. » S’ils attrapent quelqu’un qui a bu, ils vont le chicoter. S’ils attrapent une femme avec un homme, ils vont les chicoter ensemble. Les deux en même temps. Si tu as volé, ils vont couper ta main droite. Un jour, ils ont pris un voleur à Tombouctou et ont coupé sa main devant tout le monde. Ce jour-là on aurait dit que dans chaque famille, il y avait eu un décès. Tout le monde était calme. La ville a fait 48 heures, sans qu’on entende un poulet courir. J’ai passé 4 mois dans ce nouveau Tombouctou aux mains de ces terroristes, puis je suis parti en Algérie. En savoir plus : les grandes confédérations Touaregs au Mali

Peux-tu nous raconter ton exil hors de ton pays, hors du Mali. Je suis d’abord parti à Bordj Badji Mokhtar*, en Algérie, et ce que j’ai trouvé làbas, c’est un autre monde. Un monde à part. (Les relations sont assez mauvaises entre les autorités algériennes et les migrants Touaregs du Mali ou du Niger). Je suis donc parti au Niger et je suis resté un peu à Niamey, la capitale. Je suis ensuite allé au Burkina Faso où je suis resté au camp de réfugiés pendant presque un an. En 2014, il y a eu la caravane ! Notre association du festival au désert a mis en place une caravane de culturelle de la paix et de la réconciliation et j’ai revu des artistes que je n’avais pas vus depuis Essakane (lieu exacte du festival près de Tombouctou). J’ai vu mon monde ! Le monde des artistes et de la culture ! En 2014 je suis arrivé à Ségou, au Mali. Après 2 ans ! En savoir plus : la frontière algérienne, le combat de Bordj Badji Mokhtar Peux-tu nous parler du ressentis des populations du Nord du Mali à l’égard de l’intervention française ? Avec la France il y a eu l’intervention Serval*. Quand la France est venue, on a pensé que les gens allaient faire la fête, organiser des festivals. On a pensé que la paix allait venir avec la France et qu’il n’y aurait plus de problème. Au contraire, l’opération Serval a aggravé la situation. Ils ont carrément aggravé la situation au Nord du Mali ! Il y a les mouvements armés, les indépendantistes, il y a le gouvernement malien. Beaucoup de forces sont venues à Tombouctou, des forces étrangères, autres que l’armée française. Il y a même les Danois à Tombouctou* ! Il y a des militaires dont on ne connait même pas les pays. C’est la même chose pour les mouvements islamistes tu ne sais pas qui est qui ! Nous, les tamasheks (communauté Touaregs du mali), nous n’avons rien compris ! Qu’est-ce qu’on voit dans tout ça, depuis 2012 ? 8 ans ou bien 9 ans ? Nous sommes dans une révolution qui ne finit pas ! Est-ce que les Indépendantistes Touaregs vont finir par diviser cet état (le Mali actuel), ou bien ? Qu’est-ce que la France veut faire dans tout ça ? Peut-être qu’ils vont s’entendre pour changer nos pays ? Peut-être que la France aussi veut changer les frontières de nos états actuels ? Parce que c’est elle qui a fait nos pays et nos frontières. Le Mali, le Sénégal, la Guinée… En savoir plus : L’opération Serval, L’union Européenne, Le Danemark Peux-tu nous parler des différents financements des groupes terroristes de la région ? Je ne peux pas te dire qui est financé et par quel financement. Ce que je sais c’est que nous, les Touaregs qui sommes nés là, on voit les choses « vis à vis » ! On voit les choses, ça ne veut pas dire qu’on va dire toute la réalité des choses, parce que je peux te dire que la réalité des choses est que je suis en danger. C’est ça le problème pour tout le monde aujourd’hui ! Si tu essaies de dire ceci ou cela, demain on va te trouver chez toi à Tombouctou et tu es mort. Direct ! En savoir plus : Les ressources du terrorisme, Le Mali et le trafic de drogue. Quel est ton constat ? S’il y avait une vraie volonté, tout ça pourrait déjà être fini. Aujourd’hui, avec la technologie des grandes armées, on sait qui est qui et qui fait quoi ! Maintenant trop c’est trop ! Nous on veut la paix, ou bien si la France veut changer les frontières de toute l’Afrique de l’ouest, il faut qu’elle nous informe ! On comprend que Mohamed est très préoccupé par la situation de sa région. On ressent chez lui une certaine émotion.

Sinon, à la base je suis un chamelier, pour moi, c’est les chameaux, les festivals, l’ambiance, c’est ça. Mais il n’y a plus d’ambiance... Quand vous vous endormez en regardant des films de guerre, moi ici, je vois les films « vis à vis ». Moi, je n’ai pas voulu être un indépendantiste, je ne suis même pas prêt pour ça ! Déjà, il y a des combats qu’il faut faire sans forcément prendre les armes. Quand aujourd’hui les Touaregs prennent les armes et disent : « On va créer notre propre état », tu vois bien que c’est difficile. Dans ce cas-là les peuls vont créer leur propre État. Il y a déjà des problèmes chez les peuls. Il y a l’empire du Macina*, puis les Bambara et le royaume Bamana*de Ségou et ça va encore se diviser, la Mali va changer ensuite le Sénégal, et puis la Guinée. En savoir plus : Bambaras, Peuls, Dogons, les conflits au centre du Mali Comment ressens-tu ton identité en tant que touareg-tamashek et malien ? Je parle Bambara, Songhaï, Français, Arabe, et Tamashek. Bon, chez moi, ici, au Mali, j’ai tout comme je veux. Je n’ai pas de problème. Aujourd’hui il y a moins de Touaregs qui osent porter le turban à Bamako, mais moi je porte le turban parce que j’ai des amis bambaras et songhaïs et je sais aussi ce que je fais dans la vie. Je me connais, mes convictions, mes valeurs. Si je ne suis pas dans le nord, je viens ici à Bamako voir des artistes, la famille. C’est tout. Donc je porte mon turban comme je veux. Les autres Touaregs qui doutent d’eux même ne vont pas porter le turban parce qu’ils vont se dire : « ah, quand je vais le mettre, on va me remarquer ». Je pars avec là où je veux. Pas de problème. Que fais-tu maintenant ? Avant, je faisais du Tourisme dans les dunes, mais ça ne marche plus. J’organisais des petits concerts avec les artistes locaux également mais c’est fini aussi. Donc il reste une période d’environ 6 mois où tu es dans le désert avec les chameaux. Après ce travail, tu as un peu d’argent. Tu peux partir faire des achats à Ouagadougou, Niamey ou Bamako. Notes explicative et contexte En savoir plus : les grandes confédérations Touaregs au Mali Les Kel Ansar (variantes : Kel Antsar, Kel Antessar, Kel Antassar, Kel Intassar) sont une des grandes confédérations Touaregs du Mali, principalement établie dans la région de Tombouctou. Leur zone d'évolution est comprise de la frontière mauritanienne au cercle de Bourem (région de Gao) en allant vers le Nord jusqu'à la frontière algérienne In Khalil. Les Kel Ansar ont la particularité d'être non seulement de grands lettrés, ce qui fait d'eux une tribu qualifiée de maraboutique, mais aussi de grands guerriers par leur courage et leur bravoure. Les Zaouïa ou tribus maraboutiques sont un des deux groupes de tribus maures nobles, qui fournissent un enseignement et des services religieux. En savoir plus : le festival au désert Le Festival au désert est une manifestation culturelle musicale qui se déroule chaque année au mois de janvier à Essakane, à deux heures de piste de la ville de Tombouctou au Mali. Il a été créé en Janvier 2000 en s’appuyant sur les grandes fêtes traditionnelles touarègues de Kidal (Takoubelt) et de Tombouctou (Temakannit). Pendant quatre jours, il permet de voir les différentes formes de chants et de danses Touaregs, d’assister à des courses de chameaux, de chevaux, et à des jeux. Le festival s’ouvre maintenant aux autres cultures par l’invitation d’artistes venant d’autres régions du Mali mais aussi d’Afrique et d’Europe. En raison de la guerre qui sévit au nord du Mali, l'édition 2013 du festival ne peut être organisée. Elle est remplacée par une Caravane des Artistes pour la Paix et l’Unité Nationale qui se produit en Mauritanie, Mali, Niger et Burkina Faso ainsi qu'un Festival en exil organisé dans plusieurs pays européens. En savoir plus : La 1ere rébellion Touaregs 1963-1964 La rébellion Touaregs de 1963-1964, parfois appelée première rébellion touareg ou Alfellaga, est une insurrection des populations Touaregs, dans ce qui est maintenant le nord du Mali, commençant peu après l'indépendance de cette nation vis-à-vis de la France en 1960. Cette courte révolte n'a pu être réprimée qu'avec l'entrée dans le conflit du Maroc et de l'Algérie en 1963, qui ont déposé les 35 chefs de la rébellion, puis imposé une autorité militaire sur les régions Touaregs. Beaucoup, dans le nord peu peuplé et ethniquement distinct du Mali ainsi que dans le sud de l'Algérie et le nord du Niger s'attendaient à ce qu'une nation Touaregs, berbère et arabe indépendante soit formée par les régions désertiques du Sahara à la fin du colonialisme français. Les Touareg et d'autres groupes minoritaires n'étaient pas intégrés dans le nouveau gouvernement du Mali, et lorsque le gouvernement a commencé à promouvoir une loi de réforme agraire qui pourrait menacer les terres traditionnelles des tribus touareg, ils ont protesté. Ceci ajouté au mécontentement suscité par le nouveau gouvernement a conduit certains Touaregs du nord du Mali à se rebeller en 1963. Les attaques des Touaregs ne reflétaient pas un leadership unifié, une stratégie bien coordonnée ou des preuves claires d'une vision stratégique cohérente. Les Touaregs ont également échoué à mobiliser la communauté Touaregs dans son ensemble. Alors que les estimations de leur nombre sont hautement spéculatives, il est peu probable que les combattants rebelles n'aient jamais compté plus d'environ 1 500 hommes. Beaucoup de Touaregs du Mali ont fui en tant que réfugiés dans les pays voisins. Alors que le gouvernement avait réussi à mettre fin à la rébellion, ses mesures coercitives ont aliéné de nombreux Touaregs qui n'avaient pas soutenu les insurgés. Les atrocités et les violations des droits de l'homme des deux côtés ont contribué à créer un climat de peur et de méfiance dans le nord. Et alors que le gouvernement a annoncé par la suite un certain nombre de programmes visant à améliorer l'infrastructure locale et les opportunités économiques, il manquait de ressources pour assurer le suivi de la plupart d'entre eux. En conséquence, les griefs Touaregs sont restés en grande partie déconsidérés, et un ressentiment bouillonnant a continué dans de nombreuses communautés Touaregs après 1964. Clairement, le problème de l'instabilité dans le nord du Mali avait simplement été reporté, pas résolu. En savoir plus : La 2ème rébellion Touaregs 1990-1996 La rébellion Touaregs de 1990-1996 est un conflit armé qui a opposé les Touaregs aux gouvernements du Mali et du Niger. Elle commence le 29 juin 1990 et s'achève le 27 mars 1996 avec la cérémonie symbolique de la « Flamme de la paix ». Dans le Nord : À partir de 1986, la rébellion tend à s'organiser à l'intérieur du Mali, à Tombouctou, Kidal, Gao et Ménaka Les différentes factions rebelles sont soutenues par l'Algérie, la Libye, le Front Polisario et la Mauritanie. Le 27 juin 1990, un poste de gendarmerie est attaqué à Ménaka. C'est le point de départ de l'insurrection armée, menée par le Mouvement populaire de libération de l'Azawad, de Iyad Ag Ghali. En 1992, le MPLA éclate en plusieurs mouvements selon des lignes communautaires : le Front populaire pour la libération de l'Azawad (Touaregs de la région du fleuve) et le Front islamique arabe de l'Azawad (Arabes). Le pacte national est signé à Bamako, 11 avril 1992, Le Pacte prévoit le cessez-le-feu immédiat, l'intégration dans un délai de soixante jours des combattant des MFUA (Mouvements et Fronts unifiés de l'Azawad), sur une base individuelle et volontaire et selon les critères de compétence, dans les corps en uniforme de l'État malien. Il prévoit également, la mise en place pour une année d'unités spéciales, composées majoritairement de combattants intégrés ; la création d'unités spéciales, de l'armée largement ouverte à toutes les composantes des populations locales, pour des missions de défense. 12,000 anciens rebelles et miliciens doivent être intégrés au sein de l'armée et de l'administration5. Le 27 mars 1996, a lieu la cérémonie de la flamme de la paix à Tombouctou, au cours de laquelle 3 600 armes des anciens rebelles sont détruites. Un monument à la paix est érigé avec le reste des armes fondues. La cérémonie a lieu en présence du président malien Alpha Oumar Konaré. Dans le Sud : Le19 novembre 1968, Moussa Traoré participe au coup d’État qui renverse le président Modibo Keïta qui s'était positionné comme partenaire du bloc soviétique. Il devient président du Comité militaire de libération nationale, puis président de la République le1ç septembre 1969 jusqu’en Mars 1991. Toutes les activités politiques sont alors interdites. Un régime policier est mis en place, Des agents de renseignements vont dans les écoles pour écouter les cours des professeurs (le milieu scolaire et universitaire est en majorité hostile au régime militaire). Le socialisme économique de l’ancien président Modibo Keïta est abandonné. Le 22 mars 1991, une manifestation à Bamako composée de milliers d'étudiants est réprimée par les armes, faisant une centaine de morts. Le 26 mars 1991, un coup d’État militaire mené par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré renverse Moussa Traoré. En savoir plus : les Almoravides Les Almoravides (de l'arabe: نوطبارملا al-Murābiṭūn, « les gens du ribāt », en berbère : Imrabḍen) sont une dynastie berbère sanhadjienne, qui constitue du XI siècle au XII siècle une confédération de tribus puis un empire englobant la Mauritanie, le Maroc, l'Ouest de l’Algérie ainsi qu'une partie de la péninsule ibérique (actuels Espagne, Gibraltar et Portugal) et du Mali En savoir plus : Kankou Moussa Mansa Moussa, Kanga Moussa ou Kankou Moussa est le dixième « Mansa » (roi des rois) de l'empire du Mali de 1312 à 1337. Il porte l’Empire du Mali à son apogée, du Fouta-Djalon à Agadez et sur les terres de l'ancien Empire du Ghana. Il établit des relations diplomatiques suivies avec le Portugal, le Maroc, la Tunisie et l’Égypte. Son règne correspond à l'âge d'or de l'empire malien. Il est considéré comme l'un des hommes les plus riches de l'Histoire. En savoir plus : 2012 « La Guerre au Mali » En janvier 2012, la Guerre du Mali éclate, une insurrection est menée par les indépendantistes Touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), les insurgés arabes du Front de libération nationale de l'Azawad (FLNA) et par des groupes salafistes djihadistes ; Ansar Dine, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) et AQMI. Le 2 avril, , les force d'Ansar Dine et d'AQMI viennent en force prendre le contrôle de Tombouctou et expulser les troupes du MNLA et du FLNA qui s'en étaient emparés la veille. Les djihadistes répriment les pillages, distribuent des vivres et font aussitôt appliquer la charia. La vente et la consommation d'alcool, de cigarettes ou de drogues est interdite, de même que la musique, le port du Voile islamique est rendu obligatoire pour les femmes et des tribunaux islamiques sont instaurés. Les peines prévues sont le fouet en cas de consommation d'alcool ou de relations sexuelles hors mariage, l'amputation d'une main ou d'une jambe en cas de vol et la lapidation en cas d'adultère. Fin juillet 2012, des hommes d'AQMI et Ansar Dine mettent à mort un couple par lapidation pour avoir conçu plusieurs enfants hors mariage. En janvier 2013, AQMI prend part à l'offensive djihadiste au sud du Mali aux côtés d'Ansar Dine et du MUJAO. Cette offensive provoque l'intervention de la France. En savoir plus : La frontière algérienne, le combat de Bordj Badji Mokhtar Le combat de Bordj Badji Mokhtar en Algérie et le combat d'In Farah (coté Mali) sont un conflit commercial qui fait suite à la guerre du Mali. Les affrontements opposent des Touaregs de la tribu des Idnanes à des Arabes de la tribu des Barabiches en lien respectivement avec le MNLA et le MAA, bien que le commandement des deux mouvements rebelles aient officiellement condamné les violences. En conflit depuis le mois de février 2013, les différents mouvements autonomistes rebelles du Mali tentent de se réconcilier en juin 2013 lors des négociations de Ouagadougou. Le 8 août, le MNLA, le HCUA et le MAA publient une déclaration commune dans laquelle ils réclament l'autonomie des peuples de l'Azawad. Un affrontement éclate le 14 août à Bordj Badji Mokhtar, lorsque des Touaregs armés des sabres, de fusils ou de pierres s'en prennent à des commerçants arabes. Des magasins et des habitations sont pillées ou incendiées. Le préfet de ville demande l'intervention des forces spéciales, néanmoins des combats se poursuivent dans la journée, sur une large zone. « Ce sont des populations de réfugiés qui s’affrontent et les autorités algériennes laissent faire volontairement, elles auraient mêmes soutenu la communauté arabe », assure Mohamed Ousmane Ag Mohomedine, qui reproche à Alger de vouloir saboter les accords de Ouagadougou. Les autorités algériennes bottent en touche cette accusation. Ils parlent d’un conflit entre algériens. « Il ne s’agit pas d’un problème politique en lien avec le MNLA, c’est un conflit qu’il y a eu entre Algériens seulement » explique le secrétaire général de la wilaya d’Adrar. Quant aux habitants de la région, ils soutiennent mordicus que les forces de sécurité algériennes n’ont pas joué leurs rôles : « Quand les Touareg sont allés demander de l’aide à la gendarmerie avant-hier, les Algériens ont répondu d’aller demander à la France et au Burkina Faso. » En savoir plus : la caravane de la paix La « caravane de la paix » a sillonné le cercle de Goundam, du 14 au 19 avril dernier. Partie de la ville de Goundam, elle a traversé 20 villages de 11 communes sur les 16 que compte le cercle cette « caravane de la paix » visait à sensibiliser les différentes communautés de Goundam sur le vivre-ensemble, la cohésion sociale pour le retour à la confiance entre les communautés Sonrhaï, Tamasheq, Arabes, Peulhs, Bozos et Dogons vivant dans le cercle. Cette initiative a été prise pour freiner la dégradation de la situation sécuritaire sur les axes routiers menant vers les villes, les villages, ainsi que les marchés devenus de plus en plus dangereux, en raison des attaques perpétrées par des individus armés qui pillent et vols, les biens des forains et d’autres populations. Le ministère de la réconciliation nationale et celui de la défense au Mali, la coopération française et celle allemande ont supporté cette « caravane de la paix ». La MINUSMA, a pour sa part, coordonné la sécurisation de la caravane, aux côtés des Forces de Sécurité maliennes. En savoir plus : L’opération Serval, L’union Européenne, Le Danemark L’opération Serval est une opération militaire menée au Mali par l’armée française. Lancée en janvier 2013 et menée dans le cadre de l'intervention militaire au Mali, elle s'est achevée en juillet 2014. Les forces engagées dans le pays ont depuis intégré un dispositif régional, intitulé Opération Barkhane. L'opération a pour objectif de soutenir les troupes maliennes cherchant à repousser une offensive des groupes armés islamistes qui ont pris le contrôle de l'Azawad, la partie nord du pays. Les buts de cette intervention tels qu'exprimés par le président français de l’époque, François Hollande, le 15 Janvier 2013 sont d'arrêter l'avancée en direction de Bamako des forces djihadistes, sécuriser la capitale du Mali et permettre au pays de recouvrer son intégrité territoriale. Elle est remplacée par Opération Barkhane à partir du 1er Aout 2014. Le Danemark annonce la mise à disposition d'un avion de transport en soutien à l'opération militaire française. Un C-130J danois est à la Base aérienne 105 Évreux-Fauville le 15 janvier. Le jeudi 24 janvier, cet appareil a quitté la base d'Évreux pour la Corse, puis s'est envolé le lendemain 25 janvier pour le Sénégal. En savoir plus : Les ressources du terrorisme, Le Mali et le traffic de drogue Selon Jean-Charles Brisard, « spécialiste du terrorisme », 90 % des ressources d'AQMI viennent des rançons obtenues contre la libération d'otages. D'autres experts parlent également de trafics d'armes, de drogue (« deux flux de drogues illicites — l'héroïne dans l'est de l'Afrique et la cocaïne dans l'ouest — se rejoignent dans le Sahara »), de migrants clandestins ; et évoquent aussi le soutien de « quelques membres des forces de sécurité de certains pays » ; pays parmi lesquels, peut-être, l'Algérie (« Aqmi est issu de l'ancien GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), qui serait une création des services algériens » selon Charles Saint-Prot170,171.De 2008 à 2013, plus de 120 millions d'euros auraient été versés à AQMI par les pays occidentaux pour payer les rançons d'otages, dont 55 millions par la France. En savoir plus : Le Mali et le trafic de drogue Un avion-cargo rempli de cocaïne a atterri en plein désert. L’équipage s’est volatilisé, ainsi que le chargement. Un message de l'ambassade américaine révélé le 14 décembre 2010 par Wikileaks revient sur le fameux Boeing de « Air Cocaïne » dont l'épave a été retrouvée le 2 novembre 2009 à Tarkint, dans la région de Bourem, au Nord Mali. Le télégramme américain tend à prouver que ce dossier a été verrouillé au plus haut niveau par les autorités de Bamako. Le message diplomatique américain est classé « secret ». L'aviation civile malienne, qui est la juridiction normale d'enquête sur les accidents aériens, n'a pas reçu l'autorisation de travailler sur ce dossier sensible. « C'est la DGSE malienne qui pilote l'enquête car le crash de l'avion a eu lieu dans le Nord Mali », avance un représentant de l'office des Nations unies contre la drogue et le crime. Selon lui, toujours d’après ce message diplomatique, même la brigade anti-drogue de la police judiciaire malienne a été mise à l'écart du dossier. La même source affirme que le gouvernement malien a refusé de partager ses informations avec l'agence onusienne de lutte contre la drogue et le crime. Dans ce même télégramme diplomatique américain, on apprend que le fameux Boeing 727 avait été loué au Venezuela, était immatriculé en Arabie Saoudite mais volait sous licence bissau-guinéenne. Une licence de vol périmée depuis plusieurs mois. Enfin, on découvre que cet appareil avait déjà effectué plusieurs vols entre la Colombie et le Mali… En savoir plus : Bambaras, Peuls, Dogons Les Bambaras (Bamanan; pluriel, Bamananw, Bamana ou Banmana) sont des Mandingues de l’Afrique de l’Ouest Sahélienne établis principalement dans le sud de l'actuel Mali . Ils formèrent de la fin du XVIIe au milieu du XIXe le royaume Bambara de Ségou. L’empire peul du Macina (parfois Masina ou Maasina), appelé aussi la Diina, est un empire théocratique, fondé au XIXe par le marabout peul Sékou Amadou du clan des Barry. En savoir plus : les conflits au centre du Mali La situation qui prévaut aujourd’hui dans le centre du Mali découle de l’offensive djihadiste qui avait été lancée dans le nord, en 2012. C’est cette même année qu’Amadou Koufa [aujourd’hui chef djihadiste dans le centre du Mali] a été recruté, au nord, par Iyad Ag Ghali [principal leader djihadiste pour l’ensemble du Sahel]. Un de leurs projets était alors d’annexer le centre du Mali. Ils ont échoué, mais beaucoup de groupes armés islamistes sont restés dans la région du centre ou se sont dispersés vers le Burkina Faso. Fin 2015, dans le sillage de l’opération militaire « Seno ». L’armée malienne a en effet commencé à utiliser comme éclaireurs des membres de la confrérie traditionnelle des chasseurs [appartenant au peuple dogon] pour lutter contre les groupes armés islamistes. Un an plus tard, le chef de la confrérie Dogon, Théodore Soumbounou, était assassiné par des djihadistes peuls. La milice dogon Dan Na Ambassagou a été créée dans la foulée en réaction au meurtre de Soumbounou. Meurtre dont les chasseurs dogons ont rendu responsables les Peuls en général, selon un raccourci : tous les djihadistes qu’ils avaient tués étant des Peuls, donc tous les Peuls étaient un problème. Dan Na Ambassagou a organisé un blocus économique contre la communauté peule, qui s’est à son tour défendue en se dotant de milices. Dans la région de Mopti, au Mali, il n’y a plus d’État. La quasi-totalité des 108 communes qui composent cette région sont dans l’œil du cyclone djihadiste. A tel point qu’il n’est pas exagéré de parler dans cette zone d’un début de califat. L’État est présent dans les chefs-lieux, mais, autour, les djihadistes ont imposé leur loi. Entre 2014 et 2016, quand les habitants du centre du Mali disaient que ça n’allait pas, personne ne les a écoutés. Par manque d’intérêt. Le centre du Mali est loin de Bamako. La réalité, pour nos dirigeants, ce sont les capitales. D’un côté, il y a le pouvoir dans les capitales, où les élites se reproduisent et, de l’autre, le pays réel constitué à 90 % de cultivateurs et d’éleveurs de troupeaux. Ces citoyens ne savent pas forcément le nom de leur président. Ils ignorent aussi le plus souvent que l’État a des obligations envers eux, simplement parce qu’ils n’en sont pas informés. Tant que les autorités ne neutraliseront pas les mouvements djihadistes, le désarmement des milices sera compliqué. Ces groupes se sont armés pour se défendre contre les terroristes. Pour qu’ils acceptent de rendre leurs armes, ils ont besoin de l’assurance que les djihadistes sont vraiment combattus par l’État. Or, ni les Peuls ni les Dogons n’ont cette conviction. La guerre au nord du Mali et l’accord de paix d’Alger, signé en 2015 entre le gouvernement et les anciens groupes rebelles [indépendantistes touareg], ont eu un impact sur la course à l’armement des autres communautés ailleurs dans le pays. Ces dernières ont vu que des concessions avaient été faites aux rebelles et elles se sont dit : si ça leur a été concédé, c’est que, nous aussi, nous pouvons obtenir des concessions en faisant comme eux, c’est-à-dire en prenant les armes. Extrait de l’Interview de Adam Thiam paru dans le Monde du 14 juin 2019. Source commune : Wikipédia